Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 14:32
Bienvenue sur le blog dédié à la saga des Anges & Gardiens.

Univers tout droit sorti de mon imagination, mélange d'aventure, de fantastique et de science-fiction, j'ai pris l'initative de romancer une grande épopée autour de ce monde hors du temps. Dans ce blog je publierai les chapitres du premier tome déjà terminé. Vous pourrez ainsi les commenter, que ce soit sur l'histoire, les personnages ou l'écriture en elle-même.
N'hésitez pas à laisser des commentaires après avoir lu un chapitre ou partie de chapitre, ceux-ci m'aideront à améliorer l'univers et ma façon de le restituer.

Je ne suis pas romancier. Mon seul but à travers cette expérience consiste à faire rêver les gens. Les romans d'aventure vous plongent dans des situations extraordinaires et permettent de faire travailler l'imagination. Ils vous sortent du quotidien parfois triste et monotone. Ce récit s'est construit de cette manière.

Partager des histoires est un vrai plaisir, et j'espère que vous en prendrez un tout autant à lire celle qui va suivre!
Par MacGuyold - Publié dans : Blog
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Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 16:21

L'histoire des Anges & Gardiens débute avec le premier tome intitulé "A la Recherche du Coeur Légendaire".

Celui-ci fait actuellement un peu moins de 600 pages.
(Suivez attentivement le prologue, mais ne vous y fiez pas totalement. Vous comprendrez pourquoi en lisant le premier chapitre. Cette introduction trouvera son véritable épilogue avec le tout dernier tome.)

Bonne lecture à tous et toutes!

Par MacGuyold - Publié dans : Blog
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Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 16:27

Prologue

 
     Vers le milieu du vingt-et-unième siècle, les habitants de la Terre ont vécu une terrible époque.
 
     Le désastre écologique qu’ils avaient tant redouté les années auparavant prenait finalement forme. Chaque ressource naturelle avait presque été entièrement épuisée. Nombre d’espèces animales étaient tombées en extinction. Les cultures agricoles et les élevages ne suffisaient plus à nourrir une population toujours grandissante. Les exploitations minières et pétrolières avaient quasiment toutes été vidées de leurs matières premières.

     Tous ces phénomènes, accompagnés d’incessants dérèglements climatiques à la violence croissante, menaçaient de façon critique la vie sur la planète.

     Pour l’humanité l’heure devenait grave. On en venait même à parler de « survie de la dernière espèce ». La question de l’écologie, pendant longtemps sous-estimée, devint subitement la principale et unique préoccupation de chaque gouvernement.

     Certes, les grands de ce monde avaient au préalable eu l’idée d’explorer les autres planètes du système solaire afin d’y étudier les possibilités de colonisations, mais les résultats rapportés avaient  peu à peu réduit tout espoir à néant. Suite à cet échec, les plus éminents scientifiques s’étaient réunis pour alors songer à une autre option : et si, au lieu de s’intéresser aux ressources en dehors de notre planète, nous l’explorions davantage pour découvrir ce qui s’y cache plus en profondeur ? L’homme avait jusqu’à présent exploité moins d’un pourcent du volume terrestre.  Découvrir ce que cachaient ces quatre-vingt dix neuf autres ne paraissait pas si absurde.

     Cette idée germa dans les esprits et se transforma durant les années qui suivirent en un projet de plus en plus concret. Chaque gouvernement axa ses programmes de recherches scientifiques et technologiques dans l’exploration terrestre. On délaissait tout autre sujet. Cela ne choquait pas, car l’enjeu de l’opération – la survie de l’humanité – se révélait de taille. De plus le pays qui réussirait le premier à apporter la moindre lueur d’espoir deviendrait à coup sur la nation la plus respectée de cette planète. Cette chasse au pouvoir durcissait donc la concurrence, et certaines querelles du passé rejaillirent. Les anciennes tensions sino-américaines firent ainsi à nouveau trembler la surface de la planète.

     Ce projet d’exploration, qui à l’origine devait sauver le monde, était à l’inverse en train de lui retirer le peu d’énergie restant. Les média allèrent même jusqu’à comparer cette période à une seconde guerre froide.

     Ce conflit aurait pu très mal se terminer si l’une des plus solides coalitions n’avait pas usée de sa légendaire diplomatie. Car si certains pays se redéclaraient la guerre, d’autres au contraire s’étaient alliés.

     Le bloc européano-russe calma ainsi les tensions qui régnaient entre les Etats-Unis et l’Union Asiatique. Leurs dirigeants réussirent ce tour de force en annonçant une prochaine expédition de grande envergure pour le centre de la Terre. Tous les regards s’étaient alors tournés vers le puissant groupuscule.

     Avant même l’annonce du projet et la fondation de l’alliance, seule l’Europe avait su conserver de bonnes relations avec les autres grandes puissances. Celle-ci était intervenue à plusieurs reprises pour les aider et les soutenir, financièrement ainsi que technologiquement. Et leur rapprochement avec la Russie prouva définitivement leur importance politico-économique.

     Le groupe, désormais soutenu par les nations voisines, avait programmé d’envoyer un détachement de spécialistes chargé de préparer une route vers le centre de la Terre. Leur tâche consisterait à récolter des échantillons de chaque couche terrestre, étudier l’état des ressources potentiellement présentes, préparer des installations pour les futures expéditions, et enfin analyser avec soin la nature du noyau terrestre. Beaucoup imaginaient que ce noyau pourrait résoudre le problème du manque d’énergie qui se développait à la surface.

     L’équipe envoyée devait cependant se limiter à un nombre restreint de participants. La logistique nécessaire à un tel voyage les y contraignait. Au final, deux hommes eurent l’honneur d’être sélectionnés après de rigoureux tests. D’ailleurs ces scientifiques étaient déjà mondialement reconnus : il s’agissait d’Alberto Fillo et de Frederik Korev.

     Fillo était d’origine italienne. Ses travaux sur les énergies terrestres lui avaient valu un prix Nobel, ainsi qu’une forte réputation dans les milieux très fermés de la biologie et de géologie. On l’avait chargé d’étudier le contenu des couches et la nature du noyau.

     Korev, d’origine franco-russe, avait réalisé les machines et l’équipement nécessaires à l’expédition. Il paraissait donc normal que ce génie de la mécanique et de l’informatique participe à ce voyage, sachant que ses dons et ses connaissances dans le domaine des technologies modernes s’avéraient un atout supplémentaire pour monter les stations-relais.

     L’annonce du départ eut lieu peu de temps après leur nomination. Le temps jouait contre eux et les premiers résultats, bons comme mauvais, devaient arriver le plus rapidement possible. Quelques jours après, toutes les équipes se retrouvèrent donc en Turquie, dans une zone devenue géopolitiquement neutre.

     Le monde entier suivit avec excitation le lancement des opérations. L’engin dans lequel les deux scientifiques voyageraient avait été spécialement conçu pour creuser avec précision et rapidité les nombreuses épaisseurs de l’intérieur du globe. Son concepteur, Korev, l’avait baptisé le « Verne », en hommage au célèbre écrivain ayant jadis raconté l’histoire d’une expédition similaire.

     Leur extraordinaire voyage débuta alors.

    

     Déjà plusieurs semaines s’étaient écoulées depuis le départ des deux explorateurs.

     Korev s’occupait de naviguer Verne et bâtissait les installations qui serviraient aux prochains voyages. Pendant ce temps Fillo analysait le sol, les roches, gaz, liquides ou végétaux qu’il rencontrait, récupérait des échantillons de ressources et réalisait une étude approfondie des conditions de vie sous la surface.

     Vivant dans une constante obscurité, les scientifiques avaient complètement perdu toute notion du temps. Les deux hommes confondaient les heures avec les jours et les semaines avec les mois. Le côté répétitif de leurs tâches accentuait en plus ce décalage. Et alors qu’ils n’étaient en réalité partis que depuis deux mois, cela leur semblait déjà une éternité.

     Ce manque de repères jouait sur leur mental. C’est lors d’un déjeuner, pendant lequel Fillo effectuait encore des analyses, que Korev montra les premiers signes de faiblesses.

-     Dis-moi, Alberto, ta famille ne te manque-t-elle pas ? Je sais que l’on attend beaucoup de nous à travers cette mission, mais je ne peux m’empêcher de vouloir remonter pour ne serait-ce serrer une fois dans mes bras ma femme et mes fils. L’éclat du soleil sur ma peau me manque aussi terriblement.

     Alberto restait les yeux fixés à son microscope mais écoutait son collègue avec attention.

-     Je comprends ce que tu ressens, Frederik, lui répondit-il. Cependant je m’étonne de te voir craquer aussi rapidement. L’entrainement physique et psychologique que nous avons reçu était censé nous prévenir de ce genre de situation.

-     Et cela fonctionne, assura Korev. Comment fais-tu néanmoins pour ne pas songer une seule seconde à ta famille, à tes amis, à tous ceux que tu as laissés à la surface ?!

-     Eh bien, vois-tu, peu avant le lancement de l’expédition, ma femme et moi avons divorcé. Depuis on ne peut pas dire que nous soyons restés en très bon terme. Mon travail me permet donc de ne pas penser à ce qui m’attend là-haut justement.

-     Je n’en savais rien, Alberto. Navré d’avoir abordé le sujet. Cependant mon petit garçon de deux ans me manque à un point que tu ne peux pas imaginer. L’idée de ne pas pouvoir me trouver à ses côtés alors qu’il grandit m’est insupportable. Toutefois je me suis tellement investi dans cette aventure que je désire vraiment aller jusqu’au bout.

-     Tant mieux ! Car après tout notre présence ici ne tient qu’à notre soif de découverte. Songe à tous ces mystères qui nous attendent tout en bas.

-     Une incroyable source d’énergie…, commenta Frederik.

-     Peut-être. Nous le découvrirons cependant qu’une fois arrivés jusque-là, rétorqua Alberto. Quoiqu’il en soit, si tu n’avais pas trouvé le moyen de protéger tes inventions des températures proches de la fusion, nous n’aurions jamais pu y parvenir.

-     Attendons avant de pouvoir en juger. Je n’ai aucun doute quant aux capacités de Verne à nous emmener jusqu’au noyau, néanmoins nos combinaisons nécessitent que je leur apporte encore quelques améliorations. J’ai du revoir mes calculs après avoir sous-estimé la progression de la montée de chaleur.

-     Beaucoup de travail nous attend, conclut Fillo.

     Les deux hommes ne se connaissaient que de réputation avant que l’on ne leur annonce qu’ils feraient équipe pour cette extraordinaire aventure. Le premier contact ne fut d’ailleurs pas des plus évidents. 

     Leur différence de caractères créait souvent des débats interminables. Alors que les mystères de la nature fascinaient Fillo, Korev ne jurait que par les créations de l’Homme. Deux esprits scientifiques : l’un empirique, l’autre cartésien. Et pourtant, malgré cette forte opposition, leur voyage les avait amenés à se rapprocher et à sympathiser.

     Tous deux étaient finalement devenus amis.

 

     Quelques semaines plus tard, leurs calculs indiquèrent que les scientifiques atteignaient enfin leur destination. Comme Korev l’avait prévu, Verne résistait parfaitement aux conditions infernales du cœur terrestre. Heureusement celui-ci avait aussi terminé d’améliorer leurs combinaisons. Les deux hommes avaient donc maintenant la possibilité de visiter eux-mêmes les galeries souterraines.

     Alberto et lui enfilèrent leurs costumes, récupérèrent différents outils, puis sortirent du véhicule.

     Ils se trouvaient dans une petite cavité. Seule une fine couche de pierre composée de différentes roches les séparait encore du noyau.

     Leur excitation atteignait son paroxysme.

-     Réalises-tu Frederik ?!, s’enthousiasmait Alberto. Nous sommes au centre de la Terre ! A seulement une centaine de mètre devant nous se trouve le cœur de notre chère planète !

-     Ah ah ah ! Incroyable en effet !, s’amusait Frederik. Tu imagines la puissance que nous accorderait une telle source d’énergie ?! Si nous arrivions à l’extraire et à la traiter nous pourrions accomplir des miracles !

-     Tu t’enthousiasmes un peu rapidement, l’arrêta Fillo. Contentons-nous déjà d’effectuer nos prélèvements. Il ne faut pas brusquer la nature, celle-ci est capricieuse.

-     Que vas-tu donc imaginer Alberto ? Tu crois vraiment que ton « Seigneur » viendra nous punir si nous aidons l’humanité à évoluer ?

-     Oh je t’en prie, s’agaça son collègue, ne prends pas ce ton sarcastique avec moi ! Je sais bien que tu n’es pas croyant, mais avoue au moins que la modernité n’a pas toujours eu que du bon. Tu oublies les guerres et le sous-développement. Il s’agit d’une des principales causes du déchirement de notre monde. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous en sommes là maintenant,  réduis à creuser sous terre, cherchant désespérément des ressources à exploiter. Ne l’oublie pas.

     L’Homme reste son plus grand ennemi. Lorsque celui-ci comprendra qu’il doit se laisser guider par les puissances qui nous entourent, là alors, nous vivrons enfin en paix.

-     Non, je ne suis pas d’accord avec toi, répondit Korev. Sans les progrès que nous avons pu réaliser jusqu’à aujourd’hui la situation serait bien pire. Les machines et les industries que nous avons bâties ont permis à nos peuples de connaître une croissance forte comme jamais auparavant. En moins de deux siècles nous avons fait évoluer l’Homme de manière significative. Et tous ces outils de communications que nous avons réussis à développer et qui ont facilités le rapprochement entre nos cultures ? Moi je ne vois pas là un déchirement, bien au contraire.

-     Bon, je crois qu’il est inutile que nous recommencions encore une fois l’un de nos interminables débats. Nous restons sans cesse chacun sur nos positions.

-     Oui, tu as raison. Retournons donc travailler.

     Chacun s’équipa d’une foreuse de poche ainsi que d’un bloc de conservation. Ce dernier servait à préserver intacts les échantillons récupérés – encore une invention signée Korev.

     Mais sous l’effet de l’excitation, les deux scientifiques s’acharnaient sur la roche. L’un était attiré par la puissance mystique qu’il espérait découvrir derrière ce mur, l’autre se rapprochait peu à peu d’une extraordinaire source d’énergie qui ne demandait qu’à être exploitée.

     Korev creusa soudain un peu plus profondément qu’il ne l’avait souhaité, et de la faille que celui-ci créa jaillit alors un rayon de lumière flamboyant d’une formidable intensité.

     Le phénomène s’accompagna ensuite d’un terrible tremblement de terre.

     Les deux hommes craignirent un moment une éruption du noyau. Même si leurs costumes résistaient à la lave, des explosions de magma les réduiraient en cendre.

     La lueur envahissait progressivement tout l’espace de la grotte et aveuglait les deux hommes.

     Puis ce fut le noir total.

     Fillo et Korev ne savaient pas combien de temps s’était écoulé depuis qu’ils avaient perdu connaissance, mais à leur réveil la lumière s’était évanouie, tout comme les séismes. Le calme était revenu.

     Incapables d’expliquer le curieux phénomène, les deux scientifiques échangèrent des regards incrédules.

     Un curieux éclat attira cependant leur attention. Près de l’endroit où Korev avait généré la faille, un objet était apparu. Celui–ci avait la forme grossière d’un cœur humain. Il semblait composé de lave en fusion contenue entre un état solide et liquide. Une étrange lueur jaune scintillante s’en dégageait par certaines de ses fissures.

     Pour l’un comme pour l’autre il ne faisait aucun doute que la chose s’était échappée de la mystérieuse fissure.

-     De quoi peut-il bien s’agir ?, se demandait Korev qui l’avait attrapé pour l’observer sous tous ses angles.

-     Je n’en sais pas plus que toi, répondit Fillo qui fit ensuite de même. Tu l’as vu tout comme moi, cette chose est apparue après le flash de lumière, rien ne se trouvait à cet endroit auparavant !

-     Oui, et c’est bien ça le plus fascinant. Il s’avère naturellement impossible qu’un tel évènement se produise. Nous ne sommes pas restés inconscient suffisamment longtemps pour que cette roche se soit formée d’elle-même.

-     Il faudrait que nous l’analysions, tout cela m’intrigue…

     Une seconde secousse vint interrompre leur réflexion. Cette fois la situation devenait critique : de la lave s’échappait de chaque côté de la grotte et les tremblements redoublaient d’intensités.

-     Bon sang ! Encore un séisme !, cria Alberto.

-     Accompagné de lave cette fois ! Nos costumes pourraient y résister, mais à ce rythme nous allons rapidement nous noyer. Remontons vite à bord de Verne !

     A peine les deux hommes eurent-ils échangé ces quelques paroles que leurs pieds baignaient déjà dans un mélange de roches en fusion.

     Ceux-ci sautèrent alors presque immédiatement dans le véhicule qui fit quelques secondes plus tard marche arrière en direction de la surface.

 

     Quelques jours après, alors que les scientifiques traversaient la seconde installation sur le chemin du retour, la terre recommença encore une fois à trembler.

-     Vraiment curieux…, songeait Fillo, premier surpris par cette série d’étranges coïncidences. Ces secousses se répètent de manière anormalement régulière et proche.

-     Pourquoi dis-tu cela ?, demanda simplement Korev. La Terre est constamment soumise à une activité volcanique, non ?

-     Oui, en effet. Cependant nous avions spécialement choisi de rejoindre le noyau en partant d’un site en Turquie pour une raison bien précise. En empruntant cet axe, nous n’étions supposés rencontrer qu’une activité sismique de très faible amplitude. Ces violents tremblements ne me rassurent donc pas du tout.

-     Allons, Alberto, je suis certain que tu te fais du souci pour rien. Ca s’arrangera certainement au fur et à mesure que nous remonterons. Tu devrais plutôt continuer l’étude de ce mystérieux « cœur » de lave.

     Mais Korev se trompait. Plus les deux hommes avançaient vers la surface, plus les séismes se répétaient et gagnaient en intensité.

     Après un mois de rude progression, il devenait de plus en plus difficile de suivre le trajet de l’aller. Des éboulements camouflaient un peu plus la route à chaque nouveau tremblement.

     A un moment Fillo et Korev durent même s’arrêter pour déblayer le chemin. D’après ce dernier, derrière l’amas de pierre qui bouchait le trou se trouvait une des nombreuses stations-relais. Là-bas ils pourraient récupérer quelques équipements et provisions indispensables pour le reste de leur voyage.

     Les scientifiques sortirent de leur engin et commencèrent donc à dégager la voie, soulevant et jetant les rochers avec une étonnante facilité. Malheureusement, lorsque ces derniers se félicitèrent mutuellement d’avoir terminé, une secousse d’une rare violence les prit par surprise.

     En levant la tête, tous deux découvrirent brusquement et avec horreur que la base construite un peu plus haut s’effondrait sur eux.

     Fillo et Korev se jetèrent rapidement sur les côtés afin de trouver refuge sous une paroi et éviter ainsi d’être enterrés sous les débris. Chacun réussit à se placer en lieu sur,  mais ils se retrouvaient désormais l’un à l’opposé de l’autre.

     Un mélange de pierres et de métal s’effondrait entre eux, les empêchant de bien se voir. L’incessant vacarme les obligeait de plus à crier pour se faire entendre.

-     ALBERTO ! CA VA ?!, demanda Korev inquiet.

-     OUI ! J’AI REUSSI A M’ABRITER DE JUSTESSE ! ET TOI ?!

-     PAREIL ! MAIS NOUS DEVONS VITE TROUVER LE MOYEN DE RETOURNER A L’INTERIEUR DE VERNE CAR JE CRAINS QUE…

     Une immense masse de terre déboula alors entre eux.

-     COMMENT ?! JE N’AI RIEN ENTENDU !

-     JE DISAIS : IL FAUT REJOINDRE VERNE CAR JE CRAINS QU’IL SE FASSE ENSEVELIR !

     Leur unique moyen de locomotion se situait en effet un peu plus bas, juste en-dessous du trou d’où tombaient les restes de la station.

-     J’Y VAIS ! ATTENDS-MOI A L’ABRI !, cria Frederik.

     Fillo n’eut pas le temps de répondre. Korev se jetait déjà de sa mince plateforme pour rejoindre Verne.

     Les tremblements ne cessaient point, et celui-ci sautait courageusement de rocher en rocher tout en gardant son équilibre.

     Le téméraire scientifique arriva enfin à la porte de l’engin.

-     ATTENTION ! AU-DESSUS !, hurla Alberto.

     Prévenu à temps par son ami, Korev leva la tête et esquiva de justesse la stalactite chutant vers lui. Le Franco-russe tapa ensuite le code pour pénétrer dans le véhicule et disparut à l’intérieur.

     Le sable s’engouffrait dans l’appareil, et celui-ci recouvrait déjà la totalité des commandes de bord.

     Le tremblement de terre gagna soudain en amplitude et Verne s’enfonça dangereusement vers le fond.

     Korev sut alors qu’il devait sortir au plus vite de l’engin car tout espoir pour le sauver était perdu. Verne continuait inexorablement sa chute vers les profondeurs. Il n’y avait plus de temps à perdre. Cependant le scientifique enrageait à l’idée de perdre le travail de ces trois derniers mois, résultats sur lesquels tant de gens comptaient. Ne pouvant pas se résoudre à tout abandonner derrière lui, celui-ci s’empara du fameux « cœur de lave ».

     Au même moment le vaisseau glissa d’un coup dans le vide.

     Korev était perdu.

     Soudain une main apparut dans l’embrasure de la porte. Le courageux scientifique sauta alors et la saisit fermement. Fillo tira ensuite son compagnon. Puis Verne disparut dans les profondeurs de la Terre.

     Les deux hommes étaient sauvés.

     Le séisme se calmait petit à petit. Tout danger était désormais écarté, mais les scientifiques paraissaient désemparés.

-     Bon sang…, lança alors Alberto. Nous avons tout perdu…

-     Pas tout-à-fait, corrigea Frederik. J’ai récupéré le Cœur de Lave.

-     Le « Cœur de Lave » ?

     Korev sortit de sa veste l’objet qu’ils avaient récupéré près du noyau. Le Franco-russe avait naturellement adopté l’appellation « Cœur de Lave » pour désigner l’étrange chose, à cause de son aspect proche de celui d’un cœur humain.

     Malgré cela, la situation semblait désespérée. Fillo et Korev se retrouvaient seuls, perdus dans les méandres de la Terre. Sans provisions, sans outils, ces derniers étaient livrés à eux–mêmes.

     Cependant, déterminés à rejoindre le monde de la surface, les deux vaillants hommes continuèrent leur chemin par leurs propres moyens, escaladant, grimpant, sautant, s’agrippant, luttant, s’éclairant à la faible lueur du rocher scintillant qu’ils transportaient. Les tremblements de terre qui persistaient inlassablement ne pouvaient même plus les arrêter. Leur témérité n’avait plus de limite.

     Les journées furent longues et nombreuses, mais ils avançaient avec une incroyable volonté.

 

     Vint enfin le jour tant espéré. Après des mois et des mois de voyage à travers les profondeurs de la Terre, les rayons du soleil venaient éclairer pour la première fois depuis une éternité les visages noircis des scientifiques.

     Les deux hommes, miraculeusement toujours en vie, grimpaient la dernière paroi les promettant à une belle liberté. Fillo fut le premier à poser la main sur le sol encore froid bordant le cratère.

-     Froid ?!, s’étonna-t-il. Mais ?!...

-     De la neige ?!, s’exclama Frederik.

     Fillo et Korev s’ébahirent devant le spectacle que la surface leur offrait.

     Ceux-ci demeuraient certains d’être remontés par le même trou que celui creusé à l’aller. Mais leurs yeux leur en faisaient douter. Les deux compagnons se retrouvaient bien loin du paysage chaud et sec de la Turquie. De la neige tombait à gros flocons et la température avait incroyablement chuté.

-     Comment se fait-il qu’il puisse neiger ici, en Turquie ?!, s’interrogea Fillo.

-     Alberto, ajouta Korev en saisissant son ami à l’épaule. Regarde autour de nous…

     L’état du ciel rappelait à Korev son pays natal. Mais l’horizon qu’il scruta ensuite lui réservait une scène insolite.

     A leur départ la zone grouillait de bâtiments dédiés à superviser les opérations de l’expédition. Ces structures devaient ensuite servir à l’analyse des résultats rapportés au retour des deux hommes. En outre des milliers de gens vivaient dans cette agglomération improvisée au bord de la Méditerranée…

-     Il n’y a plus rien !, s’écria Frederik, interloqué. Juste quelques ruines ensevelies sous des tonnes de neige. Que s’est-il passé ?!...

-     Où sommes-nous ?!...

 

 

« Terre où je n'ai plus rien que mon cœur puisse aimer, - ouvre-toi! dans tes flancs puissé-je m'abîmer! » Frédégonde et Brunehaut (1821), IV, 4

Par MacGuyold - Publié dans : Tome 1
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Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /Avr /2009 11:06

    Episode 1
-
Le voyageur sans pouvoir


     Un soleil éclatant éblouissait la vaste plaine verdoyante de Centra. Seuls quelques nuages parsemaient le ciel azur.

     Un homme y avançait, seul, marchant le long d’une route sans grande circulation. Celui-ci, malgré les agréables températures de la saison, était revêtu d’un épais manteau brun qui lui descendait jusqu’en bas des jambes. Il voyageait sinon uniquement équipé d’un sac à dos.

     Des véhicules à l’allure originale croisaient quelquefois sa route en sens contraire. Ces machines ne possédaient aucune carrosserie et leur squelette de métal crachait d’étonnants jets de vapeurs.

     Puis le trafic commença à s’intensifier.

     Le marcheur solitaire entraperçut plus tard, plantée en plein cœur de la plaine, une cité. Un immense lac et un étroit fleuve dont la couleur imitait celle du ciel l’encadraient. La ville servait d’écluse. Elle engloutissait l’eau d’un côté et la crachait de l’autre à travers une gueule de granit et de cuivre qui semblait mal la digérer. Le lac se changeait ainsi en fleuve.

     Après avoir contemplé ce spectacle insolite, le voyageur pénétra enfin dans l’enceinte de la ville.

     « Bienvenue à Lacqueducs, cité des flots !... Souvenirs, cités miniatures, constructions fluviales, aqueducs de jardin... Approchez, approchez, il y en a pour tous les goûts et pour toutes les couleurs, n’ayez pas peur… Profitez de nos remises pour touristes !... »

     L’avenue principale regorgeait de marchands ambulants, vendeurs à la sauvette, et autres commerces touristiques.

     Quant à l’architecture de la ville, elle mélangeait naturel et industriel. Les structures se composaient de murs de granit recouverts par endroits d’une épaisse mousse couleur olive. Des tuyaux en cuivre, envahis par les plantes grimpantes, arpentaient les toits et parois, reliant ainsi les bâtiments les uns aux autres. Ces tubes métalliques créaient d’ailleurs un large réseau de canalisations où l’eau s’écoulait un peu trop librement, décorant ainsi la ville d’une luxuriante végétation. Des aqueducs, bâtis eux aussi dans le granit et montés en hauteurs, avaient été conçus pour faciliter les principaux transports fluviaux.

     La population de Lacqueducs vouait un culte certain pour l’eau. Avec davantage de vigilance on pouvait même repérer plusieurs machines à vapeur incrustées ici et là dans la haute toile cuivrée.

     Le voyageur, qui peinait à détacher son regard de ce fascinant spectacle, retourna toutefois à la foule. Il se dirigea alors vers un des nombreux marchants présents.

-     Excusez-moi, pouvez-vous m’indiquer où trouver le Centre Sécuritaire de la ville ?, demanda-t-il poliment.

-     Ah ah ! Vous n’êtes pas du coin, vous !, répondit le commerçant. Lacqueducs n'a pas de Centre Sécuritaire mon jeune monsieur.

-     Je pensais pourtant… Dans ce cas où pourrais-je consulter des archives, obtenir des informations…?

-     Ah, vous devez  être l’un d’eux, ajouta le marchant après l’avoir déshabillé du regard. Allez donc voir à la grande tour du quartier ouest de la ville. Vous y trouverez une bibliothèque.

     Le jeune homme remercia le commerçant pour le renseignement et partit donc à la recherche de cette fameuse tour. Il n’eut heureusement pas à attendre très longtemps. Un bâtiment haut de plus d’une dizaine d’étages dépassait de loin en taille tous les autres structures avoisinantes.

     Arrivé à son pied, l’étranger monta les marches de l’édifice et poussa les deux lourdes portes de la large entrée. Il pénétra ensuite dans une espèce de hall d’accueil. L’endroit ne se présentait cependant pas très hospitalier. La pièce n’offrait que deux issues : l’épaisse porte que le voyageur venait de traverser et un étroit escalier conduisant aux étages supérieurs. Aucunes fenêtres n’avaient été installées. La seule source de lumière provenait de vieilles lampes accrochées aux murs ou sur les colonnes soutenant le plafond.

     Il régnait dans cet intérieur cloisonné une atmosphère beaucoup plus étouffante qu’à l’extérieur. Les murs et la décoration, aux sombres et angoissantes couleurs rouge et noire, rendaient ce lieu inquiétant.

     De nombreuses personnes s’y trouvaient pourtant présentes. Ces dernières avaient constituées des files d’attentes qui s’accumulaient  devant plusieurs comptoirs. Entre pylônes, panneaux d’affichages, tables, et autres ameublements, des personnages vêtus d’un costume des mêmes couleurs obscures que la salle se chargeaient de leur accueil.

     Le garçon se dirigea alors vers l’agent le moins occupé. Seul un homme à l’âge avancé et à l’air bourru dialoguait déjà avec lui. Leur échange, concernant un sujet sensible, durait depuis un moment déjà.

-     Comment ça, vous ne pouvez rien faire ?!, lança-t-il soudain bruyamment.

     L’individu assis derrière le guichet, lui, gardait tout son calme tandis son interlocuteur fulminait tout en faisant virevolter ses longues moustaches grisonnantes.

-     Des semaines que ça dure !, continuait-il. A chaque nouvelle apparition ses attaques se font de plus en plus violentes ! Quand allez-vous vous décider à réagir bon sang ?! Nous avons payé pour bénéficier de vos services depuis déjà plusieurs jours ! Vous attendez patiemment qu’un drame se produise pour bouger le petit doigt ?!

-     Gardez votre calme monsieur, je vous en prie, tenta de rassurer l’employé de la tour. Nous avons déjà soumis votre demande au département concerné. Nous attendons toujours leur réponse. Ce cas n’est en rien d’évident et vous le savez : il implique un Roc. Nous sommes donc dans l’obligation de recevoir d’abord l’approbation de nos supérieurs avant d'entamer toute procédure. A cause de la loi imposée par le Gouvernement, nous…

-     Ah vous et votre fichue loi sur l’Obligation de Non-Implication ! D’ici que vous obteniez toutes vos satanées autorisations, les dégâts seront déjà considérables !... Pff, laissez tomber, on se défendra sans votre aide !

     Le moustachu fit volte-face et se pressa ensuite si vite vers la sortie qu’il manqua de percuter au passage le jeune voyageur.

     L’employé de la tour, de son côté, reprit naturellement son travail comme si rien n’était.

-     Bonjour monsieur, bienvenue à la Tour de Lacqueducs, dit-il en accueillant le garçon. Que puis-je faire pour vous ?

-     Bonjour, répondit poliment ce dernier. Vous disposez d’une bibliothèque, d’après ce que j’ai appris.

-     On vous a bien renseigné, en effet. Nous avons au premier étage notre propre bibliothèque, composée d’archives complètes, de documents traitant de...

     L’inconnu, pressé et ne prêtant aucune attention au discours de l’employé, partit sans attendre. Celui-ci se dirigeait vers les escaliers qu’il avait précédemment repérés. Mais un des deux hommes placés aux pieds des marches, auxquels il n’avait au contraire pas prêté attention la première fois, l’arrêta dans son élan.

-     Votre passe, lança-t-il alors tout en tendant le bras et montrant la paume de sa main

     Le voyageur étranger, interloqué, fut rapidement rattrapé par le chargé d’accueil qui l’avait suivi.

-     Attendez, vous ne pouvez pas encore accéder aux étages de la tour si vous n’êtes pas inscrit, prévint-il. Il vous faut remplir certaines conditions avant d’obtenir le passe qui vous permettra de monter. Seuls les mercenaires ayant signé un contrat avec le Consortium peuvent en bénéficier.

     Les deux hommes retournèrent s’installer autour du comptoir. L’agent de la compagnie récupéra quelques papiers sur son bureau et les étala devant son client.

     Le garçon se saisit de la feuille et d’un crayon, puis commença à remplir les indications demandées, dont notamment son état civil.

-     Une fois ce formulaire validé par nos services, commenta l’employé de la tour, vous passerez la deuxième étape d’admission : une épreuve validant vos capacités physiques…

-     Attendez !, stoppa soudain le voyageur. Je ne pourrai pas y accéder dès à présent ?!

-     Non. Comptez deux semaines environ pour la validation de votre dossier, puis deux de plus pour déterminer si votre test est réussit.

-     Je ne peux pas attendre aussi longtemps. Tenez, je vous rends votre formulaire.

     Le jeune homme déposa son stylo et sortit calmement du bâtiment. Une fois à l’extérieur, il s’arrêta un moment sur les marches de la tour, heureux de respirer l’air frais.

     Le garçon réfléchissait. Pour atteindre son objectif, celui-ci devait absolument obtenir des informations le plus rapidement possible. Les dernières rumeurs lui avaient précisé de se diriger vers l’est. Mais sans renseignement supplémentaire, il progressait aveuglément.

     Alors que l’inconnu rêvassait au pied des marches de la tour, des cris le ramenèrent brusquement à la réalité.

-     Jeune homme, jeune homme, criait un individu fonçant droit vers lui, s'il vous plaît ! Vous êtes bien un mercenaire du Consortium, n’est-ce pas ? »

     Il s’agissait du vieil homme moustachu croisé auparavant à l’accueil de la tour.

     A cet instant le voyageur solitaire retira la capuche qui recouvrait sa tête et révéla son visage. Ses cheveux bruns tirant vers le noir étaient courts et décoiffés, sans doute à cause d’un manque d’entretien. Quant à sa figure, simple et sans traits particuliers, on ne pouvait pas s’empêcher d’éprouver une étrange sympathie en l’observant. Seule spécificité : une petite barbiche habillait son menton, rendant le garçon au regard juvénile un peu plus vieux qu’il ne paraissait.

-     Euh… c’est à moi que vous vous adressez ?, demanda-t-il sur un ton innocent.

-     Oui, confirma le moustachu, nous nous sommes croisés dans la tour, un peu précipitamment d’ailleurs – et j’en suis désolé. Mais lorsque j’ai vu votre accoutrement il m’est tout de suite venu à l’esprit que…

-     Navré mais je ne suis qu’un simple voyageur. Je n’ai aucun rapport avec cette tour et les gens qui y travaillent

     L’homme âgé, visiblement déçu, s’arrêta quelques secondes afin de reprendre son souffle. Mais il ne se découragea pas pour autant.

-     Après tout, reprit-il un peu plus confiant, une paire de bras supplémentaire sera la bienvenue. Mon garçon, nous avons besoin d’aide ! Pourriez-vous… ?

-     Je suis navré, insista l’étranger, mais je n’ai pas le temps pour…

-     Je vous en prie ! Aidez-nous !

     Devant la détresse de l’agité moustachu, le mystérieux garçon se résigna à écouter son problème.

-     Dépêchons-nous avant tout de rejoindre le Quartier Nord !, ajouta-t-il toutefois. Je vous expliquerai la situation en route.

     L’homme âgé fit soudain demi-tour et se remit à courir dans la direction par laquelle celui-ci était arrivé. Le voyageur le suivait à la trace.

 

-     Cela remonte à deux semaines environ, expliquait l’énergique personnage à la moustache proéminente pendant leur traversée de la cité. Un jour de foule un Roc a fait irruption de manière inattendue sur la place publique, située en plein cœur de la cité. Son apparition a surpris tout le monde. Il est rare de croiser des Rocs dans cette région.

     Fou de rage, ce mastodonte a commencé à tout saccager. C'était la panique, tout le monde courait et fuyait pour échapper au monstre et à ses coups.

     Cependant, en plein tumulte, ce dernier disparut brusquement. Personne ne comprit comment. Nous avons finit par conclure qu'il s'agissait d'un Roc errant qui, stressé par un tel rassemblement, a perdu ses moyens.

     Nous pensions l'affaire terminée. Mais les jours suivants, des gens affirmaient l'avoir aperçu dans le même état de folie, à différents endroits dans la ville.

     Nous n’avons pas de police à Lacqueducs. Le Consortium est la seule organisation armée présente. Nous avons donc été contraints de réclamer leur aide. Malheureusement ces beaux-parleurs ne se remuent pas le petit doigt pour nous, prétextant que l’ONI, l’Obligation de Non-Implication, les en empêche. Tout cela n’est en vérité qu’une question d’argent… les vautours ! Je te leur en mettrais moi des lois de... Bref.

     Quoiqu'il en soit il faut que vous sachiez que depuis ce temps tout va de mal en pis : ce matin quelqu'un a été gravement blessé suite à l’une des apparitions de ce colosse roc. Ces jours-ci on le rencontre beaucoup plus souvent que d’habitude. Il y a une heure, celui-ci est encore réapparu dans le Quartier Nord. Nous avons rassemblé nos plus valeureux hommes pour le contenir, mais je ne pense pas que cela s’avère suffisant.

     Les deux hommes arrivaient au même moment dans une avenue.

-     Ah, voilà, nous y sommes. Et apparemment ils sont toujours aux prises avec lui, conclut le moustachu qui désignait un endroit précis dans la large rue.

     Le spectacle que le voyageur étranger y découvrit le laissait sans voix : un gigantesque amas de muscles rocailleux, haut de bien trois mètres au moins, se déchaînait. Sa peau était couleur ambre et l’extrémité de ses membres se recouvrait de pierre.

     Un groupe d’hommes essayait courageusement de le contenir. Ils affrontaient la bête en pleine voie publique. Mais leur combat semblait perdu d’avance.

     Le monstre ne prêtait aucune attention à cette présence autour de lui. Il effectuait de larges mouvements dans le vide, comme s’il se battait contre un ennemi invisible. Le Roc parvenait pourtant, dans sa furie, à toucher quelques-uns des valeureux guerriers. Ces puissants coups les projetaient sur plusieurs mètres dans les airs. Les victimes, éparpillées sur le sol, se trouvaient durement amochées.

     Le moustachu se rapprocha alors d’un autre homme. Ce dernier était resté un peu plus en retrait pour observer le déroulement de la bataille.

-     Alors Matoub, la situation évolue-elle ?, lui demanda-t-il.

-     Ah Calès, tu es revenu… Non, nous n’arrivons pas à le calmer, répondit le dénommé Matoub. Depuis son arrivée ce monstre demeure dans le même état de folie. Il est complètement enragé. Nous avons du déjà envoyé trois de nos hommes à l’hôpital.

-     Et les riverains, vous les avez évacués ?

-     Oui, comme tu me l’avais demandé, il ne reste plus que nous. Mais à ce rythme nous ne pourrons plus l’empêcher très longtemps de ravager la rue. Plus personne ne veut nous aider.

-     On ne peut plus compter sur le Consortium. J’ai donc tenté de convaincre directement les mercenaires. Seul ce jeune homme a bien voulu m’accompagner.

-     Il n’a pas l’air très robuste, commenta Matoub en jetant un coup d’œil rapide au voyageur. Sait-il au moins se battre ?

     Le garçon au manteau ne prêtait aucune attention à ces remarques. Ce dernier fixait le Roc depuis son arrivée.

     Puis il s’exprima enfin.

-     Bon, j’y vais, lança-t-il tout-à-coup.

-     Ah, super, encore un dégonflé !, s’énerva l’ami de Calès. A peine est-il arrivé que monsieur repart la queue entre les jambes !

-     Matoub, ne soit pas si dur avec lui voyons.

     Le mystérieux voyageur déposa son sac à terre, puis se dirigea vers le Roc d’un pas décidé, les yeux fixés sur lui.

-     Dites à vos hommes de s’éloigner.

-     Comment ?!, s’étonna Calès. Arrêtez ! Vous ne pouvez pas l’affronter seul ! C’est du suicide !

     L’inquiétude de Calès disparut toutefois rapidement en observant le jeune inconnu. Son comportement avait changé. Il paraissait soudain plus… adulte. Sa témérité fascinait Calès et Matoub. Celui-ci dégageait une telle assurance que tous deux se sentirent tout-à-coup bien inutiles comparés à lui.

     Le courageux garçon marchait tranquillement vers le Roc. Ses mains, dont les doigts n’arrêtaient pas de remuer, trahissaient pourtant une certaine anxiété.

     Ou était-ce alors de l’excitation ?

     Puis, curieusement, celui-ci s’adressa au géant comme s’il s’attendait à ce que ce dernier le comprenne.

-     J’ai donc enfin l’occasion de voir un Roc en chair et en os, ou plutôt en muscle et en pierre. Tes semblables sont réputés pour leur corps particulièrement robuste et leur puissante force physique.  Et si je ne me trompe pas, tu mesures dans les trois mètres et pèses environ trois cent kilos. Ta rage doit de plus décupler ta force… Tu es un sacré morceau en somme. Ca me fera un bon entraînement.

     Le mastodonte, arraché à son délire par la voix arrogante du garçon, s’approcha de lui d’un air menaçant. La bête tendait dangereusement ses deux bras comme s’il comptait se saisir de lui.

     Les hostilités avaient débuté.

     Le jeune homme se positionna alors défensivement. De son bras gauche celui-ci ouvra le manteau qui le recouvrait, et de l’autre il s’empara d’un petit objet métallique accroché à sa ceinture.

     Le géant et lui se retrouvaient maintenant face à face. Leurs regards guerriers se croisaient. Le choc s’annonçait terrible.

-     Finissons-en rapidement…, lança alors le voyageur. Frappe !

     Un phénomène incroyable se produisit tout-à-coup sous les yeux ébahis de Calès et Matoub. Le mystérieux objet de métal que le jeune homme avait récupéré paraissait réagir à son ordre : la petite chose changeait d’aspect et s’allongeait pour prendre la forme d’une longue barre cylindrique.

     Une fois le bâton formé, l’étranger l’utilisa pour asséner au Roc un rapide coup de son extrémité. Le géant fut frappé en plein visage, mais l’attaque l’avait à peine égratigné.

     En représailles le mastodonte visa son adversaire de ses énormes poings de pierre, mais l’agile combattant réussit à esquiver d’un bond sur le côté.

     Profitant de sa position et de l’ouverture offerte, ce dernier mit toutes ses forces dans un coup visant à faucher les jambes de son adversaire par derrière. Le Roc, trop lent, tomba alors sur les genoux.

     Le courageux voyageur enchaina avec une seconde frappe sur le visage, tout aussi puissante que la précédente, et réussit cette fois à lui arracher une grimace de douleur.

     Le jeune homme paraissait surpris mais demeurait déterminé.

-     Perce !, cria-t-il à nouveau.

     Le bâton métallique se métamorphosa une seconde fois, s’équipant cette fois de deux lames triangulaires en son bout. L’objet se changea ainsi en une lance au bout tranchant.

     Le guerrier tenta de toucher le monstre une troisième fois. Mais ce dernier, ayant eu le temps de récupérer, balança son bras droit d’un vif geste.

     Le garçon, qui eut à peine le temps de se protéger avec son arme, fut touché de plein fouet par le puissant membre. Projeté sur plusieurs mètres derrière lui, il reprit ses esprits et se redressa.

     Le géant, déjà debout, marchait vers l’insecte qui lui tenait tête, décidé à l’écraser une fois pour toute.

     Afin de l’empêcher de se rapprocher, le jeune homme tendit son arme en direction de sa tête. Le Roc eut malheureusement le temps suffisant pour échapper à l’attaque, n’évitant point cependant une belle entaille sur la joue droite.

     Plus énervé que jamais par ce microbe surexcité, le colosse riposta encore plus violemment et rapidement. Le petit homme évita de justesse les deux immenses poings s’écrasant au sol, mais des éclats de pierre le blessèrent.

     Gardant tout de même l’avantage le vaillant combattant contre-attaqua immédiatement. Celui-ci porta un terrible coup de sa lance, transperçant ainsi la jambe gauche de son adversaire.

-     Il a réussi ! Il l’a blessé !, hurla joyeusement l’ami de Calès.

-     Du calme Matoub, reprit ce dernier, ce n’est pas encore terminé. Regarde, notre ami a visiblement remarqué quelque chose d’anormal.

     Le Roc fou furieux, tenant sa jambe blessée entre ses mains, hurlait non plus de rage mais de douleur. Celui-ci ne semblait plus représenter une quelconque menace.

     Son regard se calmait. Le colosse reprenait progressivement conscience, et sa fureur disparaissait pour céder à de la crainte. Pris de panique, celui-ci prit alors la fuite en boitant, sans que personne ne cherche à l’arrêter.

     Réalisant que tout danger était enfin écarté, Calès, Matoub et les quelques hommes qui avaient affronté le Roc sortirent de leurs cachettes.  Le moustachu se rendit auprès du courageux étranger, tandis que les autres allèrent secourir les quelques blessés.

-     Diminue !, ordonna le maître dont la lance de métal reprit sa forme initiale.

-     Je n’en crois pas mes yeux, lui dit Calès. Vous vous êtes débarrassé de lui avec une telle facilité, et si rapidement. C’est impressionnant !

-     Merci, mais cet affrontement se révéla moins terrible que je ne l’avais imaginé.

-     Ah ah ah ! Et modeste avec ça !, ajouta Calès en le frappant amicalement derrière l’épaule. Allez, je vous en prie suivez-moi, que je vous offre un bon repas et un endroit où vous reposer. Nous vous devons bien ça.

-     Pour être franc j’en serais ravi. Je n’ai pas encore mangé de toute la journée, et avaler un bon repas me ferait le plus grand bien.

    

     Le dénommé Calès avait guidé le voyageur étranger jusqu’à sa demeure, qui se révélait d’une taille impressionnante.

     Il s’agissait sans nul doute d’une des plus grandes bâtisses de la ville, non pas par sa taille – car ne comprenant qu’un étage –, mais par sa superficie. La façade principale s’étendait sur plus d’une centaine de mètres. De magnifiques sculptures y étaient gravées dans le granit, recouvertes par des plantes grimpantes d’une couleur vert émeraude.

     Les deux hommes pénétrèrent ensuite dans la maison.

     Un mélange de métal et de pierre la décorait comme à l’extérieur. Les tuyaux de cuivre franchissaient les murs pour se croiser et traversaient librement l’espace. Leur transparence par endroits montrait une eau d’un intense éclat lumineux.

-     Christaline ?, cria Calès une fois arrivé dans une pièce ressemblant à une salle à manger.  Je suis rentré, pouvez-vous nous servir votre meilleur plat s’il vous plaît ? Nous recevons du monde ce soir. Et veuillez aussi nous rapportez une trousse de soins d’urgence, compléta-t-il après avoir jeté un coup d’œil à son invité.

     Le bonhomme moustachu se retourna ensuite vers ce dernier.

-     Je n’avais pas fais attention, mais vous êtes légèrement blessé. On va vous soigner ça avant d’entamer le repas.

     Le garçon continuait d’observer les lieux tandis que son hôte souriait tout en tortillant sa moustache de ses doigts.

-     Je sais, c’est un peu grand, continua Calès. Je me sentirais bien mieux à vivre dans moins d’espace, mais il s’agit là d’une des contraintes que m’impose mon poste… Ah mais excusez-moi, je ne me suis même pas présenté : Calès Rivièra, maire de Lacqueducs.

-     Vous êtes donc le maire de cette cité, nota le voyageur. Je m’en doutais un peu. Après vous avoir vu diriger les opérations tout-à-l’heure, puis découvert votre « maison », j’avais quelques soupçons.  A ce sujet, Calès, ajouta-t-il profitant de l’occasion, en tant que maire de cette ville vous devriez pouvoir répondre à une question que je me pose. Pourquoi Lacqueducs n’a-t-elle pas de Centre Sécuritaire ? Je croyais que le Gouvernement avait installé dans chaque ville de Centra un de ces centres.

-     C’est exact, confirma le maire. Mais nous sommes actuellement en plein travail avec le Gouvernement pour corriger cette erreur. Je n’apprécie guère de devoir uniquement compter sur le Consortium pour maintenir la sécurité dans la ville. Je suis donc soulagé à l’idée que le Gouvernement les concurrence bientôt.

     Mais dites-moi, vous devez venir de loin pour ne pas connaitre notre cité. Lacqueducs est assez célèbre dans la région.

-     D’assez loin en effet, de Métalica pour être plus précis.

-     Vous avez donc traversé tout le pays pour venir ici ?

-     Je suis parti dans un aéronef qui m’a déposé à plusieurs kilomètres d’ici, à Kansapolis, puis j’ai continué à pied. Je me rendais à la frontière est mais je me suis arrêté dans cette ville car je pensais pouvoir y trouver quelques informations particulières.

-     Oh… C’est donc pour cette raison que vous vous êtes rendu au Consortium.

-     Sauf que je découvre ce groupe pour la première fois.

-     Vous ignorez donc tout du Consortium. Cependant, si vous venez de Métalica, cela ne m’étonne guère. Cette ville est une des seules où cette organisation n’ose pas encore s’installer.

     Le Consortium est un groupe qui profite des malheurs des gens pour leur fournir différents services à des prix exorbitants. Mais le peuple de Métalica est réputé autonome et fier – outre le fait que beaucoup soient des parias de la société. Même le Gouvernement a du mal à s’imposer là-bas.

-     Pourriez-vous m’en dire davantage ?

-     Je vais vous expliquer ce que vous devez savoir. Ainsi vous vous pourrez vous forger votre propre opinion.

     Le Consortium embauche des mercenaires pour effectuer des missions de types variés, aux objectifs plus ou moins douteux. Le rez-de-chaussée de leur tour, le seul accessible au public, ne propose cependant que des propositions aguicheuses et honnêtes, telles que des chasses aux trésors ou la capture de criminels. Cependant les rumeurs circulent, et les contrats proposés aux étages suivants, accessibles uniquement aux membres, comptent des ordres d’assassinats ou des missions d’espionnage. L’intérêt de leurs dirigeants est purement financier. Mais ces derniers fournissent beaucoup d’efforts à prouver le contraire. Les Tours, disséminées un peu partout dans les cités les plus connues de Centra, restent des « avant-postes » du Consortium. La Tour Mère se trouve dans la capitale du pays, à Néocentra.

     En tout cas, si j’étais vous, je m’en approcherais le moins possible. Le Consortium, à mon sens, ne vous apportera rien de bon, et ce quoiqu’elle puisse vous offrir.

     Une jeune femme à l’air timide entra alors dans la pièce. Elle portait dans ses mains une mallette. Celle-ci la tendit timidement à Calès. Ses yeux, rivés au sol, s’osaient pas regarder les deux hommes.

     Une fois Christaline repartie, l’étranger, après avoir enlevé son long manteau, s’assit sur une chaise. Celui-ci utilisa après la sacoche de Calès pour se soigner son visage couvert de coupures légères.

-     Que vous ayez pu vous en sortir avec si peu de dommages m’impressionne encore, mon jeune ami. Dites-moi, où avez-vous appris à vous battre de la sorte, et surtout d’où vous vient cette étrange arme ?, demanda curieusement Calès tout en jetant un coup d’œil à l’objet accroché à la ceinture du garçon.

-     La personne qui m’a recueilli à Métalica m’a entrainé spécialement pour mon voyage et m’a offert cette arme spéciale avant mon départ, répondit simplement le voyageur.

     Calès aurait aimé en apprendre davantage mais Christaline interrompit leur discussion. Ses bras étaient cette fois chargés d’une multitude d’assiettes qu’elle étala devant son maître et son invité.

-     Vous allez voir, annonça Calès tout en remerciant sa cuisinière, Christaline prépare les meilleurs plats de tout Lacqueducs, vous n’en reviendrez pas.

     Le voyageur remarqua que les joues de la cuisinière rougissaient. Puis elle repartit dans ses cuisines.

-     Mangeons je vous prie, et bon appétit.

     Alors que le voyageur et son hôte commençaient à profiter du succulent repas, ce dernier ne put s’empêcher de poser une nouvelle question.

-     Excusez-moi, mais ma curiosité n’arrête pas de titiller mon esprit depuis tout à l’heure, plus précisément depuis votre combat avec le Roc. Plusieurs éléments m’intriguent. Déjà, pourquoi l’avoir laissé s’enfuir alors que vous aviez le dessus ? J’ai remarqué aussi que vous étiez quelque peu hésitant durant cet affrontement.

-     Vous vous en êtes donc aperçu, commenta le voyageur. Et bien je ne l’ai pas stoppé parce que j’avais un doute sur sa réelle identité. Je ne suis pas certain qu’il s’agisse d’un Roc.

-     Comment ?!, s’étonna Calès. Mais vous l’avez bien vu comme moi : sa grande taille, sa force hors du commun, son physique rocailleux… Ce sont les caractéristiques du peuple roc.

-     Attendez que je m’explique. Lorsqu’en me défendant je l’ai blessé au visage, j’ai compris que quelque chose n’allait pas. Les Rocs disposent d’un pouvoir naturel renforçant leurs caractéristiques physiques. Leur peau est aussi dure que de la pierre, et il se révèle très difficile de les couper comme je l’ai fait. De plus, à aucun moment, et même sous le danger, il n’a utilisé son pouvoir particulier.

-     Impressionnant, vous avez réfléchi à tout ceci en plein combat. Vous disposez de très bonnes facultés d’analyse. Cependant j’imagine qu’il ne s’agit pas là de votre propre pouvoir particulier.  Etant donné que vous arrivez de Métalica, votre pouvoir vous permet certainement de manipuler cette étrange arme de métal que vous portez à la ceinture, non ?

-     Ah ah, non désolé, ce don n’est pas le mien. Je viens de Métalica, en effet, mais je n’en suis pas originaire. Vous avez néanmoins supposé intelligemment. La plupart des habitants de cette cité sont dotés de pouvoirs de manipulation du métal. Mais si je peux commander à cette arme, c’est uniquement parce que la personne qui me l’a confiée a insufflé en elle la capacité de se transformer selon mes désirs. En clair, il s’agit d’une arme spéciale que moi seul peux utiliser.

-     Vraiment ingénieux. Vu que le port d’arme a été terriblement règlementé par le Gouvernement, il est d’autant plus malin d’en porter une pouvant passer inaperçue. Par contre, comme mon hypothèse s’avère fausse, j’aimerais bien savoir de quel pouvoir personnel vous bénéficiez. Vous en avez fait usage durant la bataille ?

-     Mmh… Eh bien, vous risquez d’être déçu ou surpris… Je n’en possède aucun.

-     Comment ?! Mais c’est impossible !, s’exclama le maire.

-     Je vous assure, insista le garçon, je suis né ainsi.

-     Mais chaque personne, chaque être humain sur cette planète naît au monde avec une capacité qui lui est propre ! Certains peuples disposent en plus de facultés naturelles mais chacun possède au moins son propre pouvoir personnel. Chaque personne dans cette ville, moi y compris, possède un don particulier.

-     Je suis peut-être l’exception qui confirme la règle.

-     Je n’en reviens pas… Excusez ma surprise mon jeune ami, mais vous êtes tout bonnement fascinant !

-     Cela me change des autres réactions. J’ai davantage l’habitude d’être considéré comme un monstre lorsque je révèle ce « handicap »…

     Mais le jeune homme, qui commençait alors à se remémorer trop de mauvais souvenir, changea rapidement de sujet.

-     Justement, vous parlez de pouvoirs mais, depuis mon arrivée, je n’ai encore assisté à aucune manifestation de ceux-ci ou de celui des autres citoyens de Lacqueducs.

-     Détrompez-vous, vous en avez été continuellement témoin. Tout comme Métalica, Lacqueducs rassemble des personnes ayant un même type de capacité. Avez-vous noté l’absence dans notre cité de toute source d’énergie électrique, câbles, pylônes, ou autre ?

-     Maintenant que vous le dites… Mais pourtant vous disposez bien d’énergie, j’ai vu des éclairages fonctionner…

-     Vous avez aussi du remarquer la grande quantité de machines travaillant l’eau dans la ville.

-     Les tuyaux… Les aqueducs… Mais oui, bien sûr ! Vous possédez la capacité de vaporiser l’eau.

-     Je savais que votre sagacité vous mènerait sur la voie.

-     En réalité vous transformez constamment l’eau qui circule en vapeur. Ainsi vous fournissez toute l’énergie suffisante à la ville et à ses différents équipements, comme dans vos maisons par exemple. Ceci explique la présence de ces mêmes tubes à l’intérieur de chez vous !

-     C’est exact, vous n’avez pas mis beaucoup de temps à tout comprendre, bravo ! Le besoin énergétique s’est rapidement fait ressentir, ici comme ailleurs, et notre communauté s’est donc rassemblée afin d’y répondre. Nous fonctionnons donc désormais de manière autonome, et tant que notre lac ne sera pas asséché, nous fournirons suffisamment d’énergie à toute la ville grâce à notre capacité.

Les deux compagnons finirent leur dîner sur ces bonnes paroles.

-     Ah il se fait déjà bien tard, souligna alors Calès. Je n’ai pas vu l’heure passée. Dites-moi, vous avez déjà réservé une chambre dans un hôtel ?

-     Je n’en ai malheureusement pas eu le temps, répondit le garçon.

-     Eh bien, voudriez-vous séjourner ici pour la nuit ?

-     Volontiers ! Mon voyage et l’action d’aujourd’hui m’ont éreinté, une bonne nuit de sommeil dans un bon lit me fera le plus grand bien.

-     Nous avons une chambre d’amis au premier étage. Vous la trouverez en haut des escaliers, sur votre gauche. Vous pouvez l’utiliser.

     Calès et le jeune homme sortirent de table. Ce dernier, fatigué, s’apprêtait à monter dans sa chambre lorsque Calès l’interrompit une fois encore.

-     J’ai bien réfléchi à ce que vous m’avez dit sur les raisons de votre présence à Lacqueducs. Et en retour de ce que vous avez fait pour nous aujourd’hui, je tiens à vous apporter mon aide. Cette maison abrite une bibliothèque assez bien fournie. Vous pourriez y trouver ce qui vous intéresse. Tout dépend bien sur de ce que vous recherchez exactement.

-     À vrai dire je suis à la recherche d’une personne et de toute information pouvant m’en apprendre davantage sur son histoire, voire me conduire à elle.

-     Une personne ? Je peux vous demander son nom ? Il se pourrait que je la connaisse.

-     Oh oui, très certainement, il s’agit de Ravage.

     Calès tomba sous le choc de l’annonce du voyageur, abasourdi comme s’il venait d’apprendre que le monde allait s’effondrer.   
        -     RAVAGE ?!, s’égosilla-t-il. LE DESTRUCTEUR DE CITES ?!

-     En tout Calès, merci pour tout ce que vous avez fait pour moi aujourd’hui. Oh, et veuillez me pardonner, je n’ai même pas pensé vous donner mon nom. Je m’appelle Gaen, Gaen Ardiguan.

« Le pouvoir se perd vite: quand on en possède un, il faut en user le plus vite possible, faute de quoi, il s'envole. » Jiang Zilong, La vie aux mille couleurs

Par MacGuyold - Publié dans : Tome 1
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Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /Mai /2009 15:11

     Gaen cauchemardait chaque nuit depuis plusieurs années déjà. Toutefois ce moment de repos à Lacqueducs lui avait permis de se réveiller en pleine forme. L’accumulation de fatigue du à ses voyages et à son combat de la veille avait disparu.

     Une fois levé Gaen descendit rejoindre Calès. Ce dernier était alors tranquillement installé au salon avec une inconnue.

-     Ah, Gaen ! Bonjour ! Vous avez bien dormi j’espère ?, demanda le maire qui prenait son petit-déjeuner. Venez donc vous asseoir avec nous pour manger un morceau.

     Gaen s’installa à leurs côtés. Celui-ci avait observé que la femme le fixait depuis son entrée dans la pièce. Puis le garçon la salua, et cette dernière fit de même.

-     Gaen, reprit Calès, je vous présente mon épouse, Eviane Rivièra. Eviane voici l’homme dont je te parlais à l’instant, Gaen Ardiguan.

-     Ravie de vous rencontrer, lança-t-elle alors. Mais vous paraissez si jeune ! Après votre description par mon mari, je vous imaginais bien plus vieux.

-     Ah ah, on me fait souvent cette remarque, s’amusa Gaen. Je n’ai toutefois que vingt-cinq ans. Mon bouc me vieillit peut-être…

-     Un homme aussi jeune capable d’accomplir un exploit tel que celui d’hier, reprit sans attendre la femme de Calès, c’est impressionnant. Toute la ville ne parle  plus que de votre victoire contre le Roc enragé. Je crains néanmoins que votre intervention ne vous attire plus d’ennuis qu’autre chose.

     Gaen ne comprenait pas cette dernière remarque.

-     Vous savez déjà que Lacqueducs s’apprête à ouvrir son Centre Sécuritaire, continua-t-elle. Je participe à ce projet, et travaille donc en étroite collaboration avec des agents du Gouvernement spécialement présents dans la ville pour l’occasion. Ces derniers ne tarderont donc pas à être au courant de votre confrontation avec ce Roc.

-     Devrais-je redouter leur réaction ?, demanda innocemment Gaen.

-     Vous ne connaissez pas l’ONI ?, répondit Eviane étonnée.

     Puis elle se retourna vers son mari.

-     Calès !, cria-t-elle furieuse. Tu l’as laissé agir sans le prévenir des risques qu’il encourait ?!

-     Eh bien… Chérie, comprends-moi… Face à l’urgence de la situation, personne n’a songé à ce type de conséquence.

-     Excusez-moi, mais qu’est-ce que « l’ONI » ?, coupa le garçon.

-     L’ONI, l’Obligation de Non-Implication, est une loi qui a été votée par le Gouvernement pour protéger les peuples de pays voisins lors de leurs voyages à Centra, répondit Eviane. Pour faire simple : avant qu’un Centralien ne puisse ne serait-ce que communiquer avec un étranger, celui-ci doit impérativement en faire la demande au Gouvernement. Ce système doit vous paraitre strict mais il s’agit d’une des lois les plus respectée du pays, car très sévèrement punie.

-     Vous avez donc peur que le Gouvernement cherche à m’arrêter. Mais rassurez-vous, je compte quitter Lacqueducs durant la journée.

-     Espérons seulement que cela suffise…

-     Allons, Eviane, intervint alors Calès, ne dramatisons pas.

     Le maire de Lacqueducs s’adressa ensuite à son invité.

-     Bon, Gaen, que diriez-vous de nous rendre à la bibliothèque ? Autant commencer vos recherches le plus tôt possible si vous devez nous quitter aujourd’hui.

     Gaen se leva alors pour le suivre.

-     Calès, les interrompit soudain Eviane, es-tu sûr de te souvenir où se trouve la pièce ? Tu n’y mets jamais les pieds.

     Calès, les joues rosies et les moustaches dressées, se tourna vers son épousa et lui jeta un regard noir.

-     Eviane !, s’exclama-t-il. Il s’agit tout de même de ma maison !

-     Oui oui, c’est justement ce qui m’inquiète, chuchota Eviane pour ne pas le vexer davantage.

     Calès reprit son chemin à grands pas, tirant Gaen avec lui. Tous deux sortirent du salon et traversèrent les couloirs de la grande demeure en direction de la fameuse bibliothèque.

     Pendant ce temps le vieil homme continuait sans cesse de marmonner : « Comme si j’étais trop vieux pour me rappeler… peut-être grisonnant… même pas atteint la soixantaine… loin d’être sénile... toujours qu’elle me provoque sur ce point… »

     Gaen préférait ne pas intervenir. Toutefois celui-ci doutait de plus en plus du bon sens de l’orientation de son hôte. Calès, emporté par sa frustration, ouvrait, voire enfonçait, une à une chaque porte.

     Ce dernier stoppa enfin sa course devant l’une d’elles.

-     Voilà, nous y sommes !, cria-t-il tout fier.

     Calès ouvrit en grand le passage. Dans son geste le vieil homme ne cachait pas son enthousiasme à démontrer que sa femme s’était trompée.

     Son visage se figea toutefois la seconde d’après.

     Gaen découvrait une immense salle ouverte à l’extérieur. Un mur manquait, et le long des trois autres le sol faisait office de quai. Le lac que le garçon avait aperçu avant son entrée dans la ville débouchait dans le centre de la pièce. Une vedette, nommée « le Rivièra », était même amarrée à l’un des pontons.

     Pas de doute possible : il ne s’agissait pas de la bibliothèque.

-     Hum… Calès, se risqua alors Gaen, vous êtes sur que… ?

-     S’il vous plait, Gaen, n’enfoncez pas le couteau dans la plaie. Mais tant que nous y sommes, vous observez actuellement mon quai privé. Cette demeure, bâtie pour accueillir le maire de la ville, a été construite au bord du lac. Les architectes ont donc eu l’idée d’ajouter cette salle portuaire. Et comme j’adore naviguer, je me suis offert ce petit bijou.

     Le maire pointait du doigt le navire dont il ne cachait pas sa fierté.

-     Il m’arrive quelquefois de partir naviguer le long des côtes au sud de Centra, ajouta Calès.

-     Jusque là-bas ?! C’est pourtant à des milliers de kilomètres d’ici.

-     Vous ne le savez peut-être pas mais les eaux du lac coulent sous notre ville pour alimenter un fleuve qui traverse tout le continent et se déverse ensuite dans la mer Gué, au sud de Centra.

     Puis, après ce bref intermède, Calès referma la porte.

     Désormais calmé, la maire put enfin guider son invité jusqu’à la bonne pièce.

     Le jeune Métalican contemplait désormais une magnifique bibliothèque ancienne, étendue sur quatre murs et deux étages. La salle était aussi munie d’une échelle roulante et d’une large table de lecture en son centre.

     Gaen parcourait une à une les reliures et lisait les titres proposés. Il tombait principalement sur des ouvrages historiques. Calès, lui, paraissait découvrir pour la première fois sa propre bibliothèque. Ce dernier la visitait de la même manière que Gaen, s’intéressant ainsi aux différents sujets traités par les livres.

-     Dites-moi, Calès, demanda alors le garçon, auriez-vous des documents sur les attaques de Goron et Lichi ?

-     Vous parlez des cités anéanties par ce monstre de Ravage ?

-     Oui, j’aimerais en apprendre un peu plus, ajouta Gaen. Pourquoi les a-t-il attaquées, et surtout comment un homme a-t-il fait pour pouvoir à lui seul détruire deux villes entières ?

-     A ma connaissance les ouvrages concernant Ravage restent rares. Nul ne sait d’où vient ce monstre ni qui il est vraiment. Celui-ci est apparu il y a neuf ans, semant depuis terreur et destruction partout où il se rend. Cet effroyable meurtrier ne laisse généralement pas de survivant. Les personnes encore vivantes l’ayant approché de suffisamment près pour témoigner de ses horreurs se comptent sur les doigts d’une main.

-     Pour faire simple nous parlons là d’un homme craint de tous que personne n’a jamais vraiment vu.

-     Cela résume assez bien oui. Pour cette raison il est d’autant plus difficile de faire la part de vérité entre les faits et les rumeurs.  On sait juste de source sure que celui-ci est assez grand, très large, toujours vêtu de noir, et que l’un de ses yeux est entièrement injecté de bleu. Beaucoup inventent sinon des histoires. Certaines selon lesquelles ce monstre serait immortel, d’autres racontent que cet assassin devient de plus en plus fort à chaque nouveau massacre… Quoiqu’il en soit, toutes ces histoires, vraies ou fausses, ont toutes une réalité en commun : Ravage représente un danger bien réel. Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi vous tenez tant à retrouver un tel personnage.

-     Je ne peux pas vous donner les raisons précises, répondit simplement Gaen, mais… Attendez !, s’écria-t-il soudain. Vous m’avez bien dit que Ravage était apparu au grand jour il y a neuf ans ?

-     Tout à fait, confirma Calès. C’est à ce moment qu’a eu lieu l’attaque de Lichi. La nouvelle de sa destruction s’est ensuite rapidement propagée dans le pays des jungles quetzales, sur le continent sud. Puis Ravage a semé la terreur dans toute cette moitié du globe, et cette nouvelle s’est répandue à travers le monde. Les drames se sont ensuite enchainés : une série d’attaque dans différentes villes du sud-est de Centra, puis une plus violente dans la capitale qui heureusement n’a pas duré, et enfin la terrible nouvelle de la destruction de la capitale rocque, Goron, dans les Hautes Chaînes. Depuis, plus rien, cet infâme tueur s’est évanouit dans la nature. Cela fait cinq ans maintenant que nous vivons dans la peur de le voir réapparaître.

-     Et aujourd’hui des rumeurs racontent que ce dernier a refait surface depuis plusieurs mois, s’inquiéta Gaen.

-     De toute façon, je ne pense malheureusement pas avoir ici quelconques documents qui pourraient se révéler utiles. Pour moi il ne reste qu’une possibilité, que je serais bien le dernier à vous conseiller.

-     Le Consortium ?, se douta le Métalican.

-     En effet, cette organisation possède ses propres bibliothèques, et celles-ci sont alimentées par ses mercenaires. On peut donc imaginer que certains ont déjà réussi à rassembler quelques informations sur ce mystérieux personnage. Cependant je vous le répète encore une fois : le Consortium n’est pas digne de confiance.

-     Je dois pourtant en apprendre davantage. Et si je dois passer par là pour atteindre mon but je suis prêt à en assumer les conséquences.

-     Vous m’allez l’air d’y avoir murement réfléchi, je n’insisterai donc pas. Allons-y alors, conclut Calès.

     Les deux hommes abandonnèrent leurs livres et quittèrent la bibliothèque. Ils se rendirent ensuite dans le hall principal, afin de se préparer à partir pour la Tour.

     Tout-à-coup les battants de la porte d’entrée s’ouvrirent à la volée. Matoub, essoufflé et paniqué, débarquait en trombe dans la pièce.

-     CALES !, hurla-t-il... LUI !… Revenu !… Vite !...

-     Qui est revenu ?!, s’interrogea Calès. Reprends ton souffle voyons !

-     Pas le temps, ajouta Matoub... Suivez-moi !...

     L’instant d’après le jeune adjoint faisait brusquement volte-face et courrait en direction du centre de la ville.

 

     Gaen et Calès suivaient Matoub sans poser de questions. Mais la situation semblait critique et urgente.

     Alors qu’ils n’avaient seulement parcouru que quelques centaines de mètres, des cris retentirent au loin devant eux. Et plus le groupe se rapprochait, plus les hurlements étaient nombreux.

     Arrivés sur la place centrale, les trois hommes assistaient à une scène de panique : tous fuyaient le quartier sud. Les gens se piétinaient, se bousculaient. Tout ce qui leur importait était d’échapper au danger présent à l’entrée de la ville.

     Matoub continuait sa course. Gaen et Calès, pour ne pas le perdre de vue, devaient se frayer un chemin parmi la foule allant à contresens. Celle-ci diminuait au fur et à mesure qu’ils approchaient.

-     Attendez !, hurlait Calès tout en tentant d’arrêter quelques fuyards pour les interroger. Que se passe-t-il donc dans le quartier sud ? Le Roc est-il de retour ? Sont-ils plusieurs cette fois ?… Mais répondez bon sang !

-     Partez aussi loin que vous le pouvez si vous tenez à la vie !, criait de panique certains d’entre eux. IL est ici, IL est à Lacqueducs !

-     Mais qui donc enfin ?!, s’exclamait Calès.

     Mais à peine posait-il sa question que le fuyard repartait déjà.

Le cœur de Gaen battait de plus en plus vite. Le jeune voyageur ressentait une étrange impression au fond de lui. Et guidé par cette sensation, le garçon continuait inlassablement sa course. Découvrir la source de ce chaos l’obnubilait.

     Le groupe, séparé de Matoub, arrivait désormais dans l’avenue commerçante par laquelle Gaen était entré à Lacqueducs.

     Gaen et Calès distinguaient enfin la raison de toute cette agitation.

     Un grand homme aux longs cheveux lisses argentés, aux larges épaules, et simplement vêtu d’une longue veste de cuir noir se tentait là. Il s’attaquait à quelques habitants toujours sur place. Des corps se trouvaient allongés un peu partout autour de lui. Quelques personnes encore debout parvenaient toutefois à échapper au monstre, le laissant ainsi seul face à Calès et Gaen.

     Ces derniers restaient figés sur place. Tous deux croyaient halluciner. Lui, dont ils avaient tant parlé, se tenait là devant eux.

-     JE SUIS RAVAGE !, hurlait le personnage à l’intimidante carrure. CRAIGNEZ-MOI, FUYEZ-MOI TANT QUE VOUS LE POUVEZ, MAIS VOUS NE M’ECHAPPEREZ PAS ! JE VOUS TUERAI TOUS ! CETTE CITE M’APPARTIENT ! VOS VIES DESORMAIS M’APPARTIENNENT!

     Ravage aperçut au même instant les deux hommes. Gaen et Calès remarquèrent alors que l’un des yeux de celui-ci était complètement injecté de bleu. Ce dernier détail ne laissait plus aucun doute : Ravage, le terrifiant et célèbre Destructeur de Cités, attaquait Lacqueducs !

     Le sang de Gaen ne fit qu’un tour : alors que Calès restait pétrifié, espérant toujours être la victime d’une vision cauchemardesque, le garçon se ruait sans réfléchir vers le colosse. Il avait perdu tous ses moyens. Celui-ci se lançait tête baissée dans la mêlée, le visage déformé par la haine.

     La rage soudaine de Gaen réveilla Calès de sa torpeur. Ce dernier essaya alors de retenir son jeune ami inconscient qui partait vers une mort certaine. Mais il était déjà trop tard.

     Gaen dégaina ensuite son arme de métal et engagea le combat. Cette colère qui le consumait maintenant le rendait incroyablement combattif.

-     TU VAS PAYER, SALE MONSTRE !, hurlait-il. FRAPPE !

     Les deux combattants déchainaient toute leur agressivité. Leur fureur amplifiait leur vitesse d’attaque et leur puissance.

     Le choc ne s’en révéla que plus terrible encore.

     Lorsque Gaen atteignit Ravage, celui-ci asséna à son ennemi une série de coups. Le monstre réussissait cependant à se protéger avec ses bras. Mais au fur et à mesure qu’il insistait, le vaillant garçon gagnait en rapidité, et ce dernier finit enfin par toucher le colosse qui tira une grimace de douleur.

     Toutefois cette simple frappe ne suffisait pas à faire tomber Ravage. Celui-ci s’apprêtait à riposter en lançant son imposant poing vers Gaen. Cependant le vif jeune homme nota son intention et  bondit en arrière, esquivant l’énorme membre qui fracassa alors le sol à ses pieds.

-     DIX-SEPT ANS QUE J’ATTENDS CE MOMENT !, continuait toujours de crier Gaen. PERCE !

     Une longue lance apparut brusquement dans les mains de Gaen.

     N’étant séparé de Ravage que de quelques mètres, celui-ci enchaina plusieurs coups rapides, le tranchant de son arme pointant en avant. Mais le sombre individu avait anticipé l’action de son adversaire et s’était penché en arrière afin d’éviter ses frappes.

     Ravage profita alors de ce moment pour lancer sa contre-attaque. L’imposant personnage se dirigea d’un grand pas vers le petit homme face à lui, écarta la lance d’un de ses bras et de l’autre décocha un violent direct du droit. Gaen tenta d’esquiver, mais Ravage agrippait fermement sa lance. Le garçon eut juste le temps de se protéger de son seul bras libre.

     Le bruit de l’impact résonna dans la toute la rue tel un violent choc métallique. Le coup se révéla même si puissant qu’il projeta Gaen une vingtaine de mètres plus loin.

     Le fougueux Métalican se trouvait en bien mauvaise posture.

     Calès, qui assistait au combat, s’apprêtait à aller aider son compagnon à se relever mais vit avec soulagement que celui-ci n’avait pas besoin de son aide.

     Gaen, un peu sonné, parvint à se remettre debout et reprit assez vite ses esprits. Ce choc, malgré la douleur, avait eu l’avantage de lui remettre les idées en place, transformant ainsi sa rage aveugle en une détermination sans faille.

-     Merci Calès, lui lança-t-il, mais j’ai retrouvé mes esprits. Allez plutôt secourir les autres villageois pendant que je le retiens ! Je ne laisserai plus personne périr des mains de cet assassin !

     Le courageux voyageur se replongea donc dans la bataille, courant à pleine vitesse vers Ravage pour un ultime assaut.

     Mais le monstre aux cheveux argentés avait récupéré la lance de métal. Et en apercevant son propriétaire foncer droit vers lui, ce dernier la lança d’un geste rapide et puissant. Gaen ne stoppa pas sa course pour autant et laissa l’arme filer dans sa direction.

     Calès retenait sa respiration. La pointe s’apprêtait à empaler vif le garçon. Quelques centimètres seulement les séparaient désormais…

-     Diminue !, ordonna soudain Gaen qui récupéra en plein vol la lance alors transformée en un inoffensif bout de métal. Tranche !, s’écria-t-il ensuite.

     L’étrange arme adopta tout-à-coup une forme inédite. L’outil se métamorphosa en une gigantesque et impressionnante lame.

     Le regard de Gaen était rempli de cette même confiance que lors de son combat contre le Roc. Inconsciemment, le jeune homme n’affrontait plus Ravage, mais continuait sa bataille de la veille. Il ne savait pas pourquoi, mais Gaen était convaincu de pouvoir vaincre cet ennemi.

     Le moment tant attendu arrivait ! L’homme qu’il avait tant recherché allait enfin périr de ses mains ! Depuis toutes ces années son désir de vengeance n’avait cessé de grandir. Et alors qu’il commençait même à douter de le retrouver un jour, ce meurtrier se trouvait face à lui. Ravage devait mourir ici et maintenant !

     Gaen usa de l’élan qu’il venait de prendre pour réaliser un incroyable saut vers son ennemi. Tenant fermement son imposante arme dans le dos, celui-ci se préparait à asséner le coup final.

     Le cri de fureur et le regard flamboyant qui accompagnaient Gaen déstabilisèrent complètement son sombre adversaire. Ce dernier recula alors de quelques pas en arrière et trébucha maladroitement par terre.

     Allongé sur le sol et complètement vulnérable, Ravage fixait avec crainte l’homme qui fondait fatalement sur lui.

     Le tranchant de l’épée s’apprêtait à découper le visage du monstre.

     Les dés était jetés...

     Mais à quelques centimètres de la victoire, Gaen se figea, stoppant net son action.

     Calès n’en croyait pas ses yeux. Gaen, debout sur Ravage alors simplement étalé sur le dos, le menaçait du bout de sa lame.

-     Incroyable !, cria Calès tout en rejoignant son jeune compagnon. Mais pourquoi ne pas achever ce monstre pendant que… ?

-     N’approchez pas Calès !, hurla Gaen en se retournant. Ce n’est pas encore terminé ! Il n’est pas…

     Soudain, Ravage, profitant de l’inattention de Gaen, se redressa brutalement et renversa le jeune homme.

     Calès et Gaen s’attendaient à une violente riposte, mais la réalité les laissa sans voix : le monstre à l’œil bleu, au lieu de les attaquer, se tordait désormais de douleur.

     Ravage se tenait  la tête entre ses mains. Il reprenait ses hurlements, non plus sur un ton grave et menaçant, mais d’une voix discordante et paniquée. Celui-ci semblait avoir définitivement perdu toute raison.

-     AAAAaaahhhHHHHhhh !!!... LaIsSeZ… MoI… TrAn… QuIlLe… SoRtEz… De… mA… TêtE…

     La situation devenait de plus en plus étrange.

     Le corps du colosse était victime de transformations instables et aléatoires : un bras de pierre apparut pendant une seconde, puis une queue de lézard, suivi de larges ailes dans son dos, un museau... Chaque partie de lui variait constamment de forme, jusqu’à ce que tout-à-coup l’étrange individu se fige comme un piquet.

     Tandis qu’il regardait vers le ciel, Ravage hurla alors et lâcha un long et terrifiant cri d’agonie.

     Puis tout s’arrêta.

     Les transformations avaient cessé et l’homme au manteau de cuir avait retrouvé son aspect normal. Mais la seconde d’après, celui-ci perdit conscience et tomba à terre.

     L’affrontement était terminé.

-     Mais ?... Que ?... Gaen, vous y comprenez quelque chose ?, demanda alors Calès complètement perdu.

-     Je pense avoir ma petite idée, répondit Gaen au contraire très concentré. Regardez sa cicatrice au visage, ne vous dit-elle rien ? En l’apercevant, j’ai compris que je me trompais. Et c’est pour cette même raison que j’ai stoppé mon coup d’à l’instant. D’ailleurs je pense que si l’on regarde aussi au niveau de sa jambe gauche on retrouvera…

     Gaen baissa son regard et enleva le vêtement recouvrant la jambe gauche de Ravage.

-     …le même genre de blessure. Je n’ai pas noté celle-ci plus tôt car elle était cachée. Mais maintenant je suis sûr et certain qu’il s’agit de la personne qui s’est aussi fait passé pour un Roc ces derniers jours.

-     Vous voulez dire que cet homme à terre n’est pas Ravage ?!

-     J’ai remarqué durant ce combat des éléments similaires à celui d’hier. Ce soi-disant Ravage a une fois encore uniquement compté sur des attaques physiques, tout simplement parce qu’il ne pouvait pas utiliser de pouvoir.

-     S’il ne s’agit pas de Ravage, alors qui est cette personne… ou chose ?

-     Je ne vois pour l’instant  qu’une seule explication plausible: nous avons affaire à un polymorphe, un homme dont le pouvoir particulier lui permet de se métamorphoser en d’autres êtres vivants.

-     Un Changeur ?!, s’exclama Calès. Je croyais qu’ils avaient tous été éliminés durant l’Eradication ?!

-     C’est aussi ce que l’on m’avait expliqué. Mais certains ont vraisemblablement survécu.

     Gaen prit un instant pour réfléchir puis se décida.

-     Calès, est-ce que je peux vous demander un service ? Pourrait-on l’emmener chez vous, dans un endroit au calme afin de le cacher ?

-     Le cacher chez moi ?! Mais Gaen, vous vous rendez compte de ce que vous me demandez là ? Cacher chez moi une créature aussi dangereuse ? N’oubliez pas qu’elle est tout de même responsable des nombreux dégâts causés dans la ville depuis plusieurs semaines.

-     Je suis conscient du risque. Mais je crois qu’il n’était pas lui-même durant tout ce temps, et je préfère m’en assurer avant de le condamner. Ecoutez, Calès, laissez-moi au moins une journée, c’est tout ce que je vous demande. Si jamais vous n’êtes pas convaincu d’ici là alors je vous laisserai agir comme bon vous semble.

-     Mmh… d’accord, très bien, vous avez gagné, se résigna Calès. Mais dépêchons-nous de le ramener, car si on nous voit sauver Ravage, les gens se poseront des questions.

-     J’entends de plus les secours arriver, ajouta Gaen.

Par MacGuyold - Publié dans : Tome 1
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